Programme double

Peng Hsu + Diego Gil

ÉDIFICE WILDER | Espace Orange

 

8, 9, 10 octobre 2026 - 19h

11 octobre 2026 - 16h

 

Discussion avec les artistes le 9 octobre

1re œuvre

Peng Hsu

Cucumbers, the Melancholy of a Turtle, and a Girl Otaku’s Romance

«Alors c’était donc vrai», pensa le chef du village, «des concombres tombent du ciel.»

 

À ce stade, les concombres avaient déjà renversé plusieurs collégiens, dont cinq de la classe avancée de mathématiques et de sciences. Il y avait aussi un élève du primaire qui, en levant la tête pour regarder les oiseaux, avait vu un concombre plonger droit dans sa bouche. Depuis, il n’avait plus prononcé un mot. Sur le cahier qu’il utilisait désormais pour communiquer avec les autres, l’enfant avait écrit: «On ouvre la bouche; ainsi vient le désastre.» Les autorités locales en étaient bouleversées. Après tout, les concombres forcent les gens à mûrir trop tôt.

 

Mais les attaques de concombres n’étaient pas le problème le plus urgent. Le problème le plus urgent, c’était que mon oncle pleurait toujours dans la salle de bain. J’avais mal. J’avais mal parce que je ne pouvais pas chier librement chez moi. J’avais mal parce que je devais me retenir.

 

Ce duo théâtral se déroule à Taïwan et comprend une tortue en voie de disparition venue d’Ottawa.

40 minutes
Peng Hsu
Chorégraphie et interprétation
Portrait d'Esteban Donoso, crédit Paulina Mogollon
Esteban Donoso
Interprétation
Portrait d'Heather Anderson, crédit Marianne Lonergan
Heather Anderson
Dramaturgie

Peng Hsu est une metteuse en scène, dramaturge, comédienne et chercheuse basée à Taïwan et à Montréal. Ses œuvres explorent l’excès, le mauvais goût, les perspectives taïwanaises et l’humour queer. Depuis 2020, Peng développe un style d’écriture dramatique, une méthode de mise en scène et une esthétique théâtrale centrés sur le BBR. BBR, abréviation de broke broke recitation, est la traduction par Peng du terme mandarin 碎碎唸 (siu siu nian). Il s’agit d’une expression utilisée à Taïwan pour décrire la façon dont les femmes bavardent sans cesse de banalités insignifiantes. Peng considère le BBR comme une technique de narration queer qui retrace l’expérience queer en accumulant l’insignifiant, répétant ainsi de manière compulsive les apartés et les excès. Le travail de mise en scène et d’écriture dramatique de Peng sur le BBR, Great-Grand Rat-Po-Tai (So Old) Is Sleeping Next To A Landscape Painting, Diligently & Stingily Snoring—— But There Is No Landscape Painting! (White Carrot, Rat Teeth, Her Child, (And Her Child’s Child.)), reçoit le prestigieux prix Taishin Performing Arts Award de Taïwan en 2025. Peng s’installe à Montréal en 2023 pour poursuivre son doctorat en sciences humaines interdisciplinaires à l’Université Concordia.

Esteban Donoso est un chercheur-artiste originaire de Quito, en Équateur. Il a récemment obtenu son doctorat en études théâtrales et des arts de la scène à l’Université York de Toronto. Ses travaux portent principalement sur l’archivage et la transmission de la danse et des arts de la scène, les histoires orales et les méthodologies fondées sur la pratique.

Heather Anderson est une danseuse, autrice et dramaturge de danse émergente basée à Montréal. Titulaire d’un baccalauréat en beaux-arts en danse contemporaine de l’Université Concordia, elle a été boursière de premier cycle nominée en 2022 par LePARC (Performance Arts Research Cluster) à l’Institut Milieux pour les arts, la culture et la technologie. Heather a travaillé sous la direction de Lília Mestre sur Meeting through Materialities, Bodies, and Words (2023–2024) et poursuit cette collaboration dans le cadre de Keep in Touch!, qui sera présenté à La Chapelle Scènes Contemporaines à l’automne 2026. Elle travaille également sous la direction d’Angélique Willkie, dont les conseils nourrissent son engagement en dramaturgie et en pratique relationnelle incarnée. Son travail explore la (mauvaise) traduction entre l’écriture et la danse, abordant le langage et le mouvement comme des champs d’investigation réciproques. Elle utilise la dramaturgie, la performance et l’écriture pour soutenir une recherche somatique critique qui cultive des relations plus profondes, plus larges et plus complexes.

Depuis 2020, le BBR (broke broke recitation) est au cœur de ma pratique créative et de recherche. À Taïwan, une personne BBR — avec sa loquacité monotone — est souvent moquée en étant comparée à un moustique. Cette image rend compte à la fois de la platitude de la voix du BBR et de l’accumulation excessive et minutieuse de la parole BBR. À travers ma collaboration avec Esteban, un danseur et un interprète remarquable, je souhaite explorer comment le corps peut mettre en acte la platitude du son du BBR ainsi que l’inefficacité de son langage. En parallèle, je m’interroge sur les types de mouvements capables de coexister avec l’excès de langage propre au BBR, et sur les styles de mouvement qui, au contraire, exigent un espace plus clos, dépourvu de parole.

2de œuvre

Diego Gil

El sentir de las superficies

El sentir de las superficies raconte une histoire personnelle et spéculative dans le style d’une science-fiction cosmologique queer sur les modes alternatifs de perception des environnements architecturaux qui agissent sur le climat de nos corps. À travers des actions quotidiennes, la danse et une installation, ce solo suggère que le désir se produit au-delà des limites du corps. L’architecture et les objets qui nous entourent nous incitent à agir. Mais le lien entre les interactions de Diego avec son environnement et le texte qu’il récite demeurent insaisissables. Ce décalage aiguise notre regard, révélant une aura relationnelle atmosphérique qui se détache des objets, toujours sur le point de disparaître.

40 minutes
Portrait de Diego Gil, crédit photo Anna Kozak Semenova
Diego Gil
Chorégraphie et interprétation
Portrait d'Hanna Sybille Müller, crédit photo Andrea de Keijzer
Hanna Sybille Müller
Production et accompagnement somatique
Portrait de Lilia Mestre, crédit photo Diego Gil
Lília Mestre
Dramaturgie
Portrait de Nik Forrest
Nik Forrest
Conception sonore
Headshot of Tiffanie Boffa, photo by Robin Pineda-Gould
Tiffanie Boffa
Conception d'éclairage

Soutien financier Conseil des arts du Canada (Explore and Create)

Résidences Parbleux (2022), MAI (Montréal, arts interculturels) (2023), Usine C/Labos du 4e (2024), Studio 303 (2025)

Diego Gil est un artiste et philosophe qui explore la vie des processus esthétiques à travers le prisme de la philosophie du processus. Né à Buenos Aires, Diego a vécu et étudié à Amsterdam (School for New Dance Development et DAS Choreography). Après avoir produit et présenté ses chorégraphies pendant 10 ans à travers l’Europe (Tanz Im August, Tanznacht, Rencontres Chorégraphiques, Sommerszenne, ImpulsTanz, etc.), il s’est installé à Montréal pour obtenir son doctorat dans le programme interdisciplinaire en lettres de l’Université Concordia. À Montréal, il a collaboré en tant que dramaturge et interprète aux œuvres chorégraphiques de Maria Kefirova, Hanna Sybille Müller, Lília Mestre, Projet Alter Dogs et François Bouvier. Il a également travaillé intensivement avec le Sense Lab/3 Ecologies project, un laboratoire de recherche-création à la croisée de la philosophie, de l’art et de l’activisme, dans l’organisation d’événements esthétiques et politiques.

Hanna Sybille Müller est une chorégraphe vivant à Tiohtiá:ke/Mooniyang/Montréal. Elle s’intéresse principalement au mouvement, au langage et à leurs interrelations. Sybille est fascinée par les pouvoirs étranges, magiques et ordinaires du corps. Elle pratique entre les frontières de la danse, de la performance et de l’installation. Elle s’intéresse à la collaboration entre les espèces, comme dans Polymorphic Microbe Bodies (avec la poète Erin Robinsong, OFFTA 2023), qui traite de la vie microbienne. Son projet actuel, The Choreographic Garden, s’inspire des plantes pour comprendre ce que signifie penser, bouger et être végétal. Originaire d’Allemagne, elle a étudié la danse à la Rotterdamse Dansacademie et a obtenu un diplôme en études des médias à l’Université des arts de Berlin en 2012.

Lília Mestre (elle) est une chorégraphe, dramaturge et chercheuse portugaise. Elle est professeure adjointe au département de danse contemporaine et codirectrice du Performing Arts Research Cluster (LePARC) au MILIEUX Institute for Arts, Culture and Technology de l’Université Concordia, à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal. Lília utilise les partitions, les configurations intersubjectives et les processus aléatoires comme outils artistiques et pédagogiques émancipateurs, documentés dans diverses publications. Elle s’intéresse aux formes d’organisation créées par et pour la pratique artistique comme processus d’étude alternatifs pour la réflexion sociopolitique et écologique. Elle est titulaire d’une bourse du FRQSC pour la recherche-création Keep in Touch! Critical Embodiments for Possible Futures (2025-2028).

Nik Forrest est un artiste interdisciplinaire basé à Tio’tia:ke/Montréal. Iel est actuellement doctorant dans le programme interdisciplinaire en sciences humaines de l’Université Concordia. Ses projets sonores, vidéo et d’installation ont été présentés dans des festivals, des galeries et des musées à travers le Canada et à l’étranger, notamment au Musée d’art de Joliette (Québec, 2023), à la Biennale de l’écoute (Berlin, 2021), à Oboro (Montréal, 2018) et à la Kunsthalle Mulhouse (France, 2019). Iel a également participé à des résidences d’artistes à Paris, Buenos Aires, Hambourg, Winnipeg et Saskatoon. Les projets récents de Nik explorent le son et l’écoute comme des champs relationnels non binaires.

Artiste de la scène, scénographe et conceptrice lumière, Tiffanie Boffa utilise ses multiples ressources pour créer des espaces vivants et sensibles. Débutant dans l’univers de la danse, elle se nourrit de son expérience dans ses conceptions d’éclairage. Elle collabore avec des artistes en danse, théâtre et arts multidisciplinaires, tels que Guillermina Kerwin, Gabrielle Lessard, Jon Lachlan Stewart, Simon Renaud, Lauranne Faubert-Guay, Véronique Giasson, Marie Béland, 100Lux, Sébastien Provencher et la compagnie We All Fall Down.

Avec El sentir de las superficies, j’explore des moyens performatifs pour générer des effets sur les surfaces, des effets indissociables de la matérialité de l’environnement. En mêlant narration, mouvement, performance et philosophie, je souhaite détacher les surfaces vaporeuses et éphémères de la matérialité des objets présents dans la salle afin qu’elles puissent être perçues par les spectateurs. Je tends mon bras gauche pour brancher une rallonge électrique tout en racontant une phrase tirée d’un récit cosmologique queer. Dans le petit intervalle entre le geste et le récit, une texture fugace apparaît, quelque chose de vague et sur le point de disparaître. La juxtaposition du texte et d’une action apparemment sans rapport effectuée avec un objet permet un nouveau regard sur cet objet, révélant une aura relationnelle atmosphérique qui ne serait pas perçue autrement. J’espère que ces présences vagues pourront doucement détourner notre attention du corps humain en tant qu’agent central du monde, permettant ainsi à une écologie de forces interstitielles de prendre forme. J’espère que ces présences vagues seront considérées comme les interprètes mêmes d’une pièce de théâtre faite de leurs connexions interstitielles, presque imperceptibles.