Programme double
Mithra Myth Rabel + Rozenn Lecomte & Ariane Levasseur
ÉDIFICE WILDER | Espace Vert
14 mars 2026 - 19h
15 mars 2026 - 16h
16, 17 mars 2026 - 19h
Discussion avec les artistes le 16 mars
AVERTISSEMENT: Ce spectacle comporte des effets stroboscopiques.
Veuillez noter que certaines parties de ce spectacle sont uniquement en anglais.
L’ordre des pièces peut être modifié sans avis préalable.
Mithra Myth Rabel
Speakeasy
Inspirée par la vie artistique de la communauté afrodescendante montréalaise, Speakeasy fait dialoguer house dance, musique live et poésie dans une exploration de la mémoire corporelle et son rôle dans la construction de l’avenir. Dans cette conversation intime, le corps raconte une histoire enracinée dans le passé tout en se projetant vers le futur. À travers une expérience sensible et captivante, Speakeasy nous invite à plonger dans l’essence de l’existence et de l’expression artistique, entre héritage, introspection et renouveau.
Soutien financier Conseil des arts du Canada
Résidences Studio 303, LA SERRE – arts vivants, 100Lux, Centre de Création O Vertigo, MAI (Montréal, arts interculturels)
Mithra «Myth» Rabel est interprète, chorégraphe et enseignante reconnue dans la scène montréalaise de street dance, notamment comme référence de la house dance. S’inspirant des grands noms de cette discipline, elle développe un art à la fois gracieux et innovant, tout en transmettant sa passion à travers l’enseignement. En 2022, elle crée ODE, une pièce de 10 minutes explorant les liens entre temps, mémoire et identité, saluée pour sa sensibilité et son élégance. En 2024, elle présente Speakeasy, une autre œuvre de 10 minutes, dans le cadre des Soirées 100lux à Tangente et approfondie cette œuvre lors du laboratoire de recherche à B-Side 2024, produit par Ebnfloh et l’Agora de la danse. Artiste multidisciplinaire, Myth a performé au Canada et à l’international, contribuant également à des vidéoclips et documentaires. Elle allie création et enseignement avec passion et engagement.
Samantha «Sam I Am» Hinds a commencé à danser dès l’âge de 5 ans, et son amour pour la musique l’a amenée à chanter et à écrire des chansons. À travers la danse, elle a voyagé à l’international pour le hip-hop et le waacking. Étant l’une des premières waackers canadiennes et enseignantes de ce style, elle est connue sous le nom de Princess Shayla dans le collectif The Chapter. Ses inspirations musicales sont le soul, le R&B, le hip-hop et le funk, sans oublier son héritage caribéen. Elle a figuré sur la liste Palmarès Adisq Radio Campus et a été une artiste en vedette au CMW 2021 pour ses compositions musicales. Elle continue à être une mentore dans la street dance en tant que sound healer, où elle intègre ses connaissances du son. En 2022, elle sera en vedette dans Sam & Angèle de Sovann Rochon-Prom Tep. Elle est désormais artiste commissaire du CCOV (Centre Création O Vertigo) pour la période 2023-2026.
Jason «Blackbird» Selman est un poète, trompettiste et travailleur communautaire né à Montréal. Il est l’auteur de The Freedom I Stole (2007, Cumulus Press), Africa As A Dream That Travels Through My Heart (2016, Howl), et co-éditeur de l’anthologie de poésie Talking Book (2006, Cumulus Press), qui relate les écrits du Kalm Unity Vibe Collective (dont il est un membre fondateur). Il travaille en tant qu’artiste enseignant, animant des ateliers de poésie dans les écoles de la région de Montréal et plus encore. Son travail est ancré dans les thèmes de l’ethnomusicologie, de l’expression surréaliste, de l’amour et de l’intersection entre la masculinité et la vulnérabilité émotionnelle.
Mon processus créatif s’alimente d’un flux continu d’idées, de rencontres, de questionnements, ainsi que d’échanges vocaux et dansés. J’accorde une importance essentielle à la liberté d’expression de ce flux, que je nourris à travers des expériences nouvelles et inattendues.
Speakeasy s’est construit à partir d’une approche du freestyle, influencée par la musique (du jazz au hip-hop) ainsi que par la poésie. Il était important pour moi que l’énergie de chaque geste porte en elle un ancrage culturel fort.
Cette démarche m’a permis d’interroger la mémoire corporelle comme un moyen de transmettre une histoire à la fois personnelle et collective. J’ai exploré différentes dynamiques, rythmes et espaces afin de faire émerger une narration sensible, liée à mes racines et tournée vers l’avenir.
Speakeasy est le fruit d’un processus où chaque moment devient une expression sincère, réfléchie et profondément ancrée dans une quête d’authenticité.
Speakeasy de Jason «Blackbird» Selman
Il fut un temps où les pleurs étaient incessants
Elle pleurait sans retenue
Elle a pleuré à en mourir, puis a pleuré à en revenir à la vie
Elle se tient debout à présent, dans son chagrin
Face au monde, elle danse
Sachant ce que tu crains d’elle et que cela n’a aucune importance
Sachant ce qu’elle craint d’elle-même et que cela n’a aucune importance non plus
Dieu ne l’a pas peinte ainsi, noire et belle, pour rien.
IVè partie
Vous vous demandez peut-être : qui est cette femme ?
Pourquoi danse-t-elle ?
Qu’est-ce qui peut bien la rendre heureuse ?
Vous préférez la voir en colère ou triste ?
Elle danse pour se souvenir de ce que fut
La Petite Bourgogne avant l’autoroute Ville-Marie
Africville avant les bulldozers
Dansant en s’éloignant de ceux qui ne l’ont pas soutenue dans son parcours
Dans l’étreinte de ceux qui l’ont soutenue
Si vous saviez comment bouger et ce que cela pouvait vous apporter
Vous danseriez aussi
Ce corps, un ami qu’elle s’est créé pour garder la raison.
Mezzanine de Jason «Blackbird» Selman
Son nom est l’ascension au-dessus de toutes circonstances
Ce à quoi ressemble l’amour
Si vous cherchez
Elle a besoin d’un lieu spirituel
Une ville qui lui tombe dans les mains
Elle est mariée à l’avenir
pour qu’elle puisse se concentrer sur l’éternité
La tenir par la main
Quand on peut entendre les larmes
Sache que tu es en péril
Quand tu vois ta mère pleurer
Prends-lui la main
La colère qu’elle n’a pas le droit de ressentir
La tempête qui n’arrive jamais
Tu deviens
De plus en plus toi-même
À cause d’elle
Pour que tu puisses entendre le tambour
Et avoir peur
C’est un rappel de la vie que tu devrais vivre
Elle glisse sa conscience dans chaque espace
Dans chaque rue
Chaque partie de qui nous sommes
Elle porte l’avenir comme le plus beau des tissus
Le parfum de l’eau salée qui berce
Elle est le cadeau offert à cet espace
Elle prend davantage soin d’elle-même
Des larmes comme des fils venus du ciel
Psyché faite de ce qui était brisé
Libre de rire, libre de pleurer
Être comblée de sa joie
Ce ne sont pas des crimes
Son cœur a une fuite
Mais, elle l’a réparé
À chaque « Je t’aime » les yeux fermés, mais non prononcé
Tout est en elle de Samantha «Sam I Am» Hinds
Là, dans sa poitrine, bat un cœur qu’elle sait nourri d’une grande bonté depuis toujours.
Tant de douceur jaillit de ses pores, ruisselant avec chaque goutte de sueur et chaque larme
Lui donnant chair, laissant ses rêves prendre forme et ses paroles devenir monde.
Plus rien n’est hors de portée. Elle peut être sur un nuage, nourrir les âmes affamées, et pourtant, se lever à 6h45 pour faire couler, à l’aube, sa première tasse de café.
Elle regarde par la fenêtre, au loin.
Tout se tait
Elle voit que tout est en elle, elle voit que tout est en elle, elle voit que tout en elle.
Chanson de Sam
Tout est en elle, elle détient la clé
De sa puissance, elle comble tous les désirs qu’elle émet
Tout est en elle, son cœur ouvert, émancipé
Plus rien ne la retient, elle est en paix
Où qu’elle aille, ici ou ailleurs,
Elle assure, tu le sais bien, c’est une star
Elle brille de mille feux, un joyau d’or pur,
Personne ne peut te dire que tu n’as pas été prévenu
Tout est en elle, elle garde la tête haute
Malgré les jours sombres, malgré les nuits longues
Tout est en elle, des histoires illuminées de beauté
De toute sa force, elle émerge, elle sort de l’ombre,
Peu importe le chemin, tout s’ouvre sous ses pas,
Sur un sol sûr, elle ne fléchira pas
Elle brille de mille feux, forte et droite à la fois
Le cœur grand ouvert, elle répond à l’appel
Speakeasy de Jason «Blackbird» Selman
IV/VII/IVè parties
Elle se fraie une danse dans et hors du système domestique
Entrant et sortant de tous les hôpitaux de cette ville
En tant que patiente, médecin et prêtresse
Dans un futur où elle n’est pas suivie dans les magasins
Dans un monde où personne ne veut toucher ses cheveux
Dansant en toute liberté, sans être sous-estimée ni sous-payée
Jusqu’au siège de juge dans une Cour du Québec
Dans un poste de professeure bien mérité à l’UQAM, à l’Université de Montréal, à McGill et à Concordia.
Dansant d’un océan à l’autre en tant que Gouverneure générale du Canada
Dansant libérée des violences conjugales subies par sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère
Dansant vers les bras de la personne qui est prête à l’aimer
Une personne prête à lui donner non pas ce qui est pratique
Mais ce dont elle a besoin
VIIe partie
Elle danse lentement avec son âme sœur dans la cuisine
Les enfants dorment à présent
Musique la sel médikaman nou ni
(la musique est le seul médicament que nous avons, en créole de Guadeloupe)
Son corps chantant une chanson quelque part entre
Zinah de The Mighty Sparrow et Guede Zaina de Celia Cruz
Car le carnaval est arrivé
Elle danse une danse de guerre
Soutenue par la subsistance que notre diaspora apporte
Que ce soit du riz et des pois ou des pois et du riz
Riz collée, Jollof, Chrétiens et Maures
Elle est la capoeiriste
Alors qu’un autre tressaille et tombe.
VIIIè partie
Elle danse ici
Quelque part entre le NCC et la Maison d’Haïti
Quelque part entre ses cours de danse à la BCA et faire du monde sa scène
Quelque part entre le MSCO et le sous-sol de l’église Saint-Paul
Entre la Maison de la Barbade et l’Association de la Jamaïque
Elle danse avec ses tantes
Chaque fête à la maison se fond en une seule
Ils se souviennent du Rising Sun
Elle se souviendra de cela, qu’elle est chez elle
Dans une ville qu’elle aime
Et qui parfois, l’aime en retour
Rozenn Lecomte & Ariane Levasseur
La prétention d’exister
La prétention d’exister explore des récits intimes et interdits. À travers leur partenariat, Ariane Levasseur et Rozenn Lecomte rédigent une lettre d’amour à leur communauté, portées par une recherche sur les fluides, le trop-plein et l’attachement. Dans un jeu de dévoilement et de secret, les corps parlent, transpirent et revendiquent, sans excuses, leur droit d’exister autrement. Entourées de métal et de béton, elles se déploient dans un univers cru au rythme de leurs propres désirs, traversé par la tension entre douceur et résistance. Dans cette pièce, l’amour au féminin est un acte chorégraphique, un discours incarné qui affirme des présences encore trop souvent reléguées aux coulisses. Par l’excès et la sensualité, par des gestes qui persistent, la prétention d’exister ouvre un possible: celui d’habiter pleinement nos propres vérités.
Soutien financier Conseil des arts et des lettres du Québec
Résidences Circuit-Est centre chorégraphique, Maison de la culture Mercier, Département de danse de l’UQAM
Rozenn Lecomte est une chorégraphe québécoise diplômée de l’UQAM dont le travail explore les corps rebelles et le dévoilement de nos fragilités humaines. Elle s’intéresse à ce qui grince dans nos attachements, aux gestes banals, aux tensions du quotidien, qu’elle aborde comme des paysages sensibles où cohabitent le doux et le rugueux. En 2023, elle crée Le recueillement des tendres, une pièce pour cinq interprètes présentée à Montréal et à Québec, puis La politique des regrets (2024), une autoproduction pour huit interprètes dans son appartement. Son solo No man’s land est présenté au Centre Phi la même année. Depuis 2022, elle forme un duo avec Ariane Levasseur, avec qui elle signe this is not moving, présenté à Tangente. Rozenn anime le balado Fil conducteur, où elle discute avec des artistes de la danse contemporaine montréalaise des réalités de leur milieu. Elle développe actuellement une nouvelle pièce de groupe.
Basée à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal, Ariane Levasseur utilise le corps comme véhicule artistique principal. Elle se forme à l’UQAM en complétant un baccalauréat en danse, où elle sera récipiendaire du prix William-Douglas en 2022. En 2021, elle fait partie du projet Habiter nos mémoires de Caroline Laurin-Beaucage, et renouvelle cette collaboration dans le cadre d’une nouvelle création en 2025. En 2023, la pièce this is not moving, cocréée avec Rozenn Lecomte, est présentée à Danses Buissonnières (Tangente). En 2024, elle intègre la Compagnie Catherine Gaudet pour la pièce ODE. En 2025, elle fait partie de la distribution pour la nouvelle pièce du Carré des Lombes (Danièle Desnoyers), Soulèvement. Interprète-créatrice, elle continue d’explorer la résistance, le charme des revendications et les fragments d’intimité à travers le mouvement dans différents contextes performatifs.
Estelle Schorpp est une artiste sonore et compositrice basée à Montréal. Sa pratique multidisciplinaire s’étend sur plusieurs formats: la composition algorithmique, l’installation sonore, les systèmes interactifs et la musique électronique expérimentale. En 2024, son premier album In My Ears (for Maryanne) paraît sur le label LINE. Son travail a été présenté internationalement dans des festivals tels que La Biennale di Venezia (IT), Ars Electronica (AT), MUTEK (MX, CA, AR, JP), Norberg Festival (SE), Akousma (CA), FIMAV (CA), Le Mans Sonore (FR), Exhibitronic (FR, DE) et MuTeFest (FI). Elle compose aussi pour la danse et le cinéma.
Diplômée d’une maîtrise en danse à l’UQAM, Sophie Levasseur évolue entre création, médiation culturelle, recherche et enseignement. Après un parcours d’interprète, elle se consacre principalement au travail en coulisses: ateliers, projets collectifs, esquisses chorégraphiques, textes scientifiques et créatifs. Intéressée par la co-construction, l’accessibilité et la transmission, elle conjugue soin, engagement et création dans des contextes artistiques, éducatifs et socioculturels. Sa démarche s’ancre dans une écologie du sensible, explorant les liens entre corps, territoires et écosystèmes, dans une perspective collaborative et inclusive.
Julianna Bryson est un·e artiste en danse contemporaine basé·e à Tiohti:áke (Montréal). Sa formation à l’Alberta Ballet School et à la Victoria School of the Arts, situées à Amiskwacîwâskahikan (Edmonton), en Alberta, a nourri une profonde dévotion envers l’art, le dépassement de soi et les capacités du corps. Pendant son parcours à l’École de danse contemporaine de Montréal, complété en 2024, Julianna a eu le privilège de donner corps à de nombreux univers artistiques variés, notamment ceux de Charles Brecard, Dorotea Saykaly, Parts+Labour, Andrea Peña, Stephanie Lake et Marie Chouinard. En tant qu’artiste, Julianna est fasciné·e par le caractère transformateur du corps et son infinie multiplicité. À travers son art, iel cherche à incarner des récits à la fois universels et intimes, créant un espace où le corps et l’imaginaire se rencontrent.
Sophie Robert est diplômée du Collège Lionel-Groulx en 2014, où elle a étudié la direction technique, la conception d’éclairage et la régie de spectacle. C’est en 2015 que Sophie a fait sa première marque dans le milieu de la danse, comme régisseuse pour la saison 2015-2016 de Tangente. Depuis, elle a eu la chance de travailler comme régisseuse avec plusieurs artistes du milieu de la danse contemporaine, dont Hélène Remoué, Sébastien Provencher, Claudia Chan Tak, Priscilla Guy, Alexandre Morin et Nate Yaffe. Travailler avec tous ces artistes et leurs concepteurs lui a permis d’apprendre beaucoup et de perfectionner son œil de conceptrice d’éclairage. Elle a par la suite eu la chance d’être conceptrice d’éclairage pour certains danseurs exceptionnels de street dance tels que Krystina Dejean, Yannice Ouellet, Sovann Rochon-Prom Tep, Greg «Krypto» Selinger et tout nouvellement le collectif Open Body. Elle a tout récemment travaillé comme conceptrice d’éclairage en collaboration avec Sarah Wendt et Pascal Dufaux, deux artistes en arts visuels et en danse contemporaine, sur le film d’art Quelque part dans l’inachevé, présenté à Tangente en 2021.
En 2023, this is not moving a pris vie à Tangente, un cri porté par nos corps de femmes queers, un manifeste vibrant pour réinvestir la scène. Nous pensions avoir bouclé la boucle, mais le murmure du public et les soubresauts du monde nous rappellent que notre voix reste indispensable. Alors, nous avons choisi de continuer, non plus dans l’urgence, mais dans la douceur fragile d’un désir partagé. L’amour, le partenariat, ces paysages intimes et puissants, tissent le fil de notre duo. Nous espérons que cette pièce parlera aux cœurs des communautés lesbo-queers, et à toute âme qui a connu la beauté et la complexité d’aimer.